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Qui a donné son surnom à Charles le Téméraire et pourquoi ?

En guerre Karl der Kahle wirklich kahl? L’histoire de l’homme et de dahinter steckt (Charles le Chauve était-il vraiment chauve ? Épithètes historiques et leur contexte), un livre de Reinhard Lebe, que l’auteur cite (p. 115 et suivants.) d’après les écrits des chroniqueurs bourguignons de de la Marche, Chastellain et de Commynes.

Olivier de la Marche:

Charles est colérique, vif et têtu… il veut toujours avoir son chemin…

mais aussi

perceptif… poli… haut d’esprit

Chastellain:

habitué à diriger sa manière et sa conduite vers une conversation instruite, et entre jeu et rire prenait plaisir à bien parler et, tel un orateur, à exhorter sa fidèle suite à être vertueuse.

 Charles le Téméraire, peinture à l'huile de Roger van der Weyden (1460), via Wikimedia Commons

Charles le Téméraire, peinture à l’huile de Roger van der Weyden (1460). Crédit d’image: via Wikimedia Commons

Cependant, ces descriptions sont de Charles le Duc de Charolais et prince héritier, alors que le roi Philippe le Bon était encore en train d’appeler les coups. En 1456, Charles reprend les rênes de son père malade. Il se retrouve bientôt en conflit avec Louis XI, le roi de France. Le 16 juillet 1465, leurs armées s’affrontent à Montlhéry près de Paris. Les forces bourguignonnes du Duc ont porté la journée dans ce qui a été dit être une victoire impressionnante sur des ennemis français numériquement inférieurs.

Philippe de Commynes:

Avant ce jour, les questions de guerre étaient étrangères à Charles et il n’aimait rien s’y rapportant, mais sa pensée a changé par la suite. Désormais, il fera la guerre jusqu’à son jour de mort.

Lebe suggère que c’était le jour où l’héritier présomptif Charles de Bourgogne se transforma en Charles le Téméraire. Il écrit que Charles s’est battu comme un homme possédé, faisant avancer ses hommes, les rassemblant pour une escarmouche sanglante après l’autre. Encore une fois, citant Commynes:

Il a reçu plusieurs coups, dont un coup de couteau dans la gorge d’une épée

mais il ne s’est pas reposé avant la victoire. Commynes:

Il n’y en avait aucun qui était capable de mieux supporter le labeur et les ennuis que lui… Je n’ai jamais connu quelqu’un de plus audacieux. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’il était fatigué, ni décelé de signes de peur…

 Croix commémorant la bataille de Monthléry. Une plaque au pied de la croix commémore les deux chevaliers royaux de plus haut rang qui ont perdu la vie ce jour-là en 1465. Via Wikimedia Commons

Croix commémorant la bataille de Monthléry. Une plaque au pied de la croix commémore les deux chevaliers royaux de plus haut rang qui ont perdu la vie ce jour-là en 1465. Crédit image: Par Ségala pseudo d’Yves Fraysse (Travail propre), via Wikimedia Commons

Pour résumer M. Lebe, Philip de Commynes a donc fait un travail efficace en tant que représentant des relations publiques pour son souverain, mais il devait y avoir une réalité factuelle sous-jacente au battage médiatique. Charles n’était pas du genre à rester dans une tente pendant que ses troupes combattaient et mouraient, il y participait lui-même. Sa mort en 1477 est survenue sur le champ de bataille, à la fin d’un affrontement au cours duquel il a outrepassé les conseils de ses officiers et s’est opposé à une force d’attaque supérieure (à Nancy).

Une lecture de l’article de Wikipédia en français sur Charles, cependant, brosse un tableau quelque peu différent de ce jour à Montlhéry en 1465. Il est dit que lors d’un combat marqué par des tactiques ineptes de part et d’autre, le flanc gauche de l’armée royale avait tourné la queue avant que la bataille ne soit rejointe, que Charles  » se voyant déjà victorieux  » les poursuivit loin du champ de bataille réel, manquant ainsi l’action là-bas ; et que le roi Louis s’était en fait déclaré vainqueur car il avait pu retirer sa force largement indemne à l’intérieur des remparts de Paris.

Cet article cite également de Commynes en écrivant que depuis cette victoire, le duc de Charolais (le futur Charles le Téméraire) était tellement convaincu de son génie tactique qu’il refusait tout conseil.

MISE À JOUR: Il s’avère que l’histoire est un peu plus subtile et nuancée que celle racontée par M. Lebe et Wikipédia en français. Je n’ai pas encore trouvé de copie en ligne des écrits de de Commynes. Ce que j’ai trouvé est une version Google e-book d’une monographie d’Emile-Charles Varenbergh de 1984 intitulée Mémoire sur Philippe de Commynes. Alors que de Commynes a peut-être été un fidèle hack de relations publiques pendant son service pour le duc de Charolais, ses écrits publiés après la mort de Charles présentent un ton beaucoup plus réfléchi et parfois ironique concernant les exploits de son célèbre maître.

de Commynes se souvient être entré jeune au service du duc en 1464. Il est rapidement devenu son ami et confident. L’année suivante, le duc entre au combat à la tête d’une armée de  » 4 000 hommes mal armés et ineptes « , avec toujours de Commynes à ses côtés.

Comme l’indique le titre de ses mémoires – Mémoires de Commynes, ou Fragment de la comédie humaine -, le chroniqueur avait un œil pour l’excentrique et décalé. Il était un observateur avisé de la façon dont les plans les mieux conçus peuvent mal tourner. Le plan de bataille soigneusement pensé à Montlhéry fut bientôt lancé aux vents. Le roi de France (Louis XI) avait voulu éviter le conflit, mais le conflit a eu lieu. Les Bourguignons avaient prévu de donner suffisamment de repos à leur infanterie avant la bataille, mais en fait, les hommes n’avaient pas eu de repos, et dans leur empressement à charger, ils ont piétiné leurs propres archers, donnant à l’ennemi le temps de se replier en position sûre.

En tout cas, les Bourguignons profitèrent du manque de discipline de leurs ennemis, leur permettant de mettre en déroute le flanc droit de l’ennemi. Mais Charles, qui s’était jeté presque seul sur un grand groupe d’entre eux, reçut une blessure au ventre d’une lance ainsi qu’une blessure au cou d’une épée. La nuit tombée sépare alors les combattants, les Bourguignons campant sur le champ de bataille. Au cours de la nuit, Charles compta ses morts et ses blessés, s’attendant à une défaite si l’ennemi revenait le matin. Heureusement pour eux, le roi avait battu en retraite pendant la nuit. Charles se réjouissait de la victoire et, à partir de ce moment, n’écouterait plus jamais les conseils.

À la lecture de ces descriptions, le mot qui me vient à l’esprit est « téméraire » plus que « audacieux ».

However — I am now back to reading the French Wiki — the first recorded instance of a chronicler calling Charles « The Bold » was not de Commynes’:

La forte personnalité du duc, que tous les chroniqueurs décrivent comme un personnage austère, vertueux et impitoyable, pieux et chaste, animé d’un sens de l’honneur exacerbé, incita ses contemporains à lui attribuer des surnoms : ils le surnommèrent ainsi le Hardi ou le Guerrier, voire le Téméraire, terme qu’on rencontre déjà sous la plume du chroniqueur, évêque de Lisieux, Thomas Basin, vers 1484.

( La personnalité énergique du duc, que tous les chroniqueurs décrivent comme austère, vertueux et impitoyable, pieux et chaste, animé d’un sens aigu de l’honneur, pousse ses contemporains à lui attacher un certain nombre d’épithètes : ils le surnomment L’Audacieux, le Belliqueux, voire l’Audacieux (le Téméraire), terme que l’on rencontre dès 1484 dans les écrits de Thomas Basin, évêque de Lisieux.)

Néanmoins Wiki le Wiki français continue none aucun des chroniqueurs du XVe siècle n’emploie systématiquement l’une de ces épithètes. Au lieu de cela, « Charles de Bourgogne » est ce qu’il était généralement appelé.

Aujourd’hui, nous le connaissons sous le nom de Charles le Téméraire, mais le changement de nom a été lent et progressif.

Au XVIIe siècle, le Grand Dictionnaire Historique de Louis Moreri consacre une entrée à Charles de Bourgogne,  » surnommé le Guerrier, le Hardi ou le Téméraire  » (le Belliqueux, l’Audacieux, l’Audacieux.)

Au XVIIIe siècle, l’historien bénédictin Dom Plancher l’appelle encore Charles le Hardi.

Au 19ème siècle, à l’époque romantique en France et en Belgique, l’épithète « Charles le téméraire » s’est imposée… mais ses contemporains du XVe siècle lui avaient plus souvent attaché les surnoms de Hardi, De Travailleur, de Guerrier, voire de Terrible.

RÉSUMÉ : La première utilisation enregistrée de Téméraire pour caractériser Charles remonte à 1484 par Thomas Basin. D’autres épithètes lui sont collées de plus près pendant longtemps. Ce n’est qu’au 19e siècle que Téméraire devient enfin l’appellation standard.

Pourquoi cette appellation s’est-elle maintenue et pas l’une des autres ? La cause est probablement perdue dans les brumes de l’histoire. Cependant, étant donné qu’un ancêtre – Philippe II de Bourgogne – était déjà connu sous le nom de « le Hardi », cela peut être dû à une simple volonté des historiens d’éviter toute confusion entre les deux.

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